La Forge retrouvera-t-elle le souffle créatif dont Belleville a besoin ?

L1023714

Credits Photos : B.G.

Pour attendue qu’elle était, la réunion de présentation le 13 février, du projet culturel de « caserne éphémère » a confirmé les craintes de fermeture définitive au public de La Forge de Belleville.

Voilà 9  mois que la Forge de Belleville est totalement fermée au public, et ne connait plus aucune activité en direction du quartier,  précisément depuis que la Ville y a intronisé une nouvelle association gestionnaire « Caserne Ephémère ». La réunion de présentation au quartier du projet du nouvel opérateur était donc très attendue, et très vite la question d’une ré-ouverture au public du site a fusé. Or, pressé de questions, l’adjoint à la Maire du 20e en charge de la culture, Julien Bargeton, a surtout esquivé le problème, mettant en cause  les travaux en cours sur le terrain d’accès et puis les normes de sécurité de l’usine elle-même, mais sans jamais s’engager concrètement pour la suite.

Et pour cause, ce que la réunion a mis au grand jour, c’est que la « grande ambition » de l’association « Caserne Ephémère » pour la Forge est bel et bien d’en faire une résidence d’artistes exclusivement tournée vers leur professionnalisation et leur insertion dans le nouveau monde de Belleville … des galeries d’arts et d’ouverture… à la mode.

Mais d’ouverture du lieu et d’animation culturelle avec les habitants, les associations et les artistes déjà engagés sur le quartier… il n’en a pas été question.

Je laisserai aux artistes le soin de juger de l’intérêt pour leur profession du projet de Caserne Ephémère, mais, aux citoyens, il pose la question légitime de son adéquation à La Forge, à son histoire, et aux attentes du vivre ensemble dans le bas Belleville.

Dès lors qu’à été confirmé par Caserne Ephémère et par l’adjoint à la maire du 20ème que la seule ouverture au public en 2013 se fera à l’occasion des portes ouvertes des ateliers d’artistes de Belleville (AAB),  que l’exposition des œuvres des artistes en résidence aura lieu … au carré Baudoin, que la seule intervention artistique sur le quartier consisterait en une recueil de vie et de mémoire à la Barricade nouveau bar musical de la rue de Tourtille, et qu’enfin que le seul lien avec les scolaires consistera à prendre en stage un élève de 3 ème ! C’est bien un virage à 180 degrés qui est opéré quant à la vocation d’action artistique et culturelle de La Forge.

Depuis 2001, La Ville de Paris n’aura finalement jamais réussi mettre en valeur ce lieu, sauvé de la destruction par l’action collective des artistes et des habitants de Belleville. Elle se sera montrée incapable de développer cet élan porteur de l’utopie des hommes à confondre Art et Social.

Faute d’accompagnement et de moyens accordés aux projets des associations et des collectifs issus du terrain, antérieurement en charge de la Forge de Belleville, faute de comprendre que la mission qu’ils s’étaient assignés était de décloisonner art contemporain, vie de quartier et vie parisienne pour l’intérêt général, faute d’une volonté visionnaire de création artistique d’ouverture de l’art contemporain à tous, pour l’épanouissement de chacun, la Ville et ses élus sont passés à côté de ce qu’est la Forge à Belleville : le projet de « caserne éphémère » signe ainsi un renoncement inquiétant pour la construction de l’avenir de ce quartier et finalement la fonction de l’Art dans la Ville.

Reste que ce désengagement municipal au profit d’une gestion technocrate, n’est pas une fatalité.

Il faudra dans ce domaine comme dans d’autres secouer les habitudes, ouvrir portes et fenêtres de l’administration parisienne pour la mettre en phase avec ces « administrés » redonner confiance aux acteurs de terrains …

Bref il conviendra de donner aux arrondissements le pouvoir de (re)faire de la politique pour et avec leurs quartiers.

Vernissage enfants classe Déborah 4

crédit photo : B.G.

Vernissage enfants classe Déborah 105

crédit photo : B.G.

Vernissage enfants classe Déborah 107

crédit photo B.G.

Publicités

4 réflexions sur “La Forge retrouvera-t-elle le souffle créatif dont Belleville a besoin ?

  1. Je n’étais pas à la présentation du projet de la nouvelle équipe de la Forge mais nous nous étions déjà rencontrés à La Maison de la Plage.
    Mr Renaud Martin soulève des questions et des début de réponses que je n’arrivais pas à formuler.
    Merci à Mr Martin pour son analyse et sa mise en perspective qui fait, je crois, avancer le dé/com/bat de l’artiste et de son rôle dans la citée.
    Marie Decraene

  2. Tu as entièrement raison Renaud, et nous payons aujourd’hui tous très cher ce manque d’engagement politique .

    J’aimerai préciser deux points :
    Ce nouveau dada de la professionnalisation des artistes est un leurre car il est forcément dépendant du marché de l’Art et de ses spéculations. Il ne faut pas être dupe et encore moins naifs. L’Art se porte bien s’il est loin de la spéculation, seuls une poignée d’artistes est aujourd’hui’ hui sur le marché , regardez , allez visiter les différents lieux institutionnels et vous verrez toujours les mêmes. C’est un principe de monoculture qui appauvrie notre société. Le projet de la Caserne Éphémère en est un exemple au travers la commission d’attribution qui est composée en grande partie d’institutionnels et de politique . Je trouve très inquiétant qu’un élu soit dans une commission d’attribution.
    Nous sommes aujourd’hui face à de l’Art institutionnalisé, conventionné, avec des artistes mis en avant en fonction des règles du marché. Nous assistons à une politique culturelle qui envisage l’Art et la culture comme essentiellement ressource économique, touristique . Il faut donc être économiquement rentable!
    Les artistes doivent faire projets sur projets , répondre à des cahiers des charges formatés , passer leur Master etc..
    Dans le projet de la Caserne Ephémère les artistes qui devraient faire des interventions dans notre quartier ou bien les écoles (rien n’a été précisé pour l’instant) ne le feront que s’ils sont rémunérés , la responsable doit donc aller à la pêche aux subventions(dixit la responsable de la Caserne Ephémère).
    Ils n’ ont donc pas suffisamment d’argent?
    Ce marché est de 30 000 euros pour les prestations culturelles et en plus la ville fait cadeau du loyer et des charges, ce qui représente un cadeau annuel de 100 000 euros.
    Cependant les ateliers coûtent désormais une somme rondelette que beaucoup d’artistes ne pourront jamais se payer . Mais c’est sans doute cela être « économiquement rentable ».
    Aide à la professionnalisation, aide à la production, intérêt général d’après monsieur Bargeton?
    Mais à quoi va servir cet argent public ? A donner encore plus à ceux qui ont déjà pendant que d’autres n’ont plus grand chose?
    C’est donc cela l’égalité des chances et du territoire?

    Ses dernières années se sont côtoyés à la Forge des artistes professionnels et amateurs, un public divers et varié a pu observer des créations expérimentales , rencontrer des artistes pluridisciplinaires qui ont pu profiter de l’espace de l’Usine pour faire de la recherche. Les habitants du quartier , les enfants, associations venaient y faire aussi leur projet , ce n’était pas une utopie , L’Art et le social ne se confondaient pas ils étaient côte à côte et c’est cela que la ville de Paris refuse d’accompagner.

    L’émancipation fait peur, aujourd’hui la Forge est fermée, les artistes reçus travaillent sous caméra de vidéo surveillance , c’est parait-il pour l’intérêt général.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s